Rüti bei Büren, dans le canton de Berne, peu avant 5 heures du matin: il règne déjà une activité intense sur le site de la société Thommen-Furler SA. Les camions-citernes chargés la veille sont prêts à partir. L’un d’entre eux est celui de Lukas Kälin. Aujourd’hui, le jeune homme de 23 ans livre à ses clients un produit qui rend les moteurs diesel encore plus propres: l’AdBlue. Après avoir effectué la ronde de contrôle avant le départ, il prend la route. «Nous avons chargé 25 tonnes d’AdBlue», me dit-il. «Comme l’AdBlue est un peu plus lourd que l’eau, notre chargement correspond à quelque 20 000 litres de produit», qui sont répartis en deux cuves séparées.
Il aime démarrer de bonne heure
Il n’y a pas encore beaucoup de circulation sur la route. «J’apprécie de prendre la route avant les heures de pointe», déclare Lukas Kälin. Même si le trafic commence déjà à s’intensifier tôt le matin, il est encore agréable de prendre le volant. Il faut bien sûr toujours rester prudent, surtout ce jour-là. Dans le canton de Fribourg, où se trouve la première étape de cette tournée, de gros flocons commencent à tomber. Les premiers véhicules de déneigement et de salage sont déjà en route.
Lukas Kälin remplit deux cuves d’AdBlue à Bulle. La première se trouve près d’une station-service disposant d’un shop. «J’espère qu’il n’y a pas encore trop de voitures afin de pouvoir bien placer le camion», me dit Lukas Kälin. La cuve se trouve en effet près des pompes à essence, et certains clients souhaitent faire le plein avant d’aller travailler ou acheter un café ou un croissant dans la boutique. Selon la configuration des lieux, notre long véhicule dispose d’un espace plus ou moins important.
A Bulle, cependant, il n’y a aucun problème à signaler: la station-service accueille peu de voitures et la deuxième cuve se trouve sur le site d’une entreprise, où il règne encore un certain calme. Le remplissage ne prend que quelques minutes, et une cuve permet généralement de stocker entre 2000 et 3000 litres. Le système OptiTank de Thommen-Furler informe notamment le fournisseur lorsqu’une cuve doit être remplie à nouveau. L’entreprise peut ainsi surveiller les niveaux de remplissage à distance, le système indiquant quand un réapprovisionnement est nécessaire.
Après Bulle, on continue sur l’autoroute en direction du sud: le lac Léman est encore plongé dans l’obscurité, mais avant même d’atteindre le Bas-Valais, le jour commence à se lever et comme il ne neige plus, on peut même voir le soleil pointer le bout de son nez. «C’est de toute façon une belle tournée», affirme Lukas Kälin, qui ne cache pas son enthousiasme pour son métier, qui lui permet de découvrir différentes régions et de nouveaux paysages chaque jour.
Ce n’est pas vraiment par hasard que Lukas a choisi ce métier: «Mon père était chauffeur à l’armée et travaillait régulièrement comme chauffeur remplaçant pour Senn Transport à Seewen (SZ)», explique Lukas Kälin, qui s’exprime en patois bernois, même s’il a grandi à Einsiedeln, dans le canton de Schwyz. Il a fait plusieurs stages d’orientation professionnelle, mais c’est celui de spécialiste du transport routier qui l’a immédiatement séduit. Il a finalement effectué son apprentissage chez Krummen Kerzers à Chiètres. «Pendant cette période, je pouvais loger chez mes grands-parents à Morat et n’avais donc pas de longs trajets à faire pour me rendre au travail», raconte-t-il. Précisons qu’il n’est pas retourné en Suisse centrale après et qu’il vit aujourd’hui à Leuzigen, dans le Seeland bernois. «Le dialecte bernois s’est imposé assez rapidement», se souvient-il. Ce n’est qu’en compagnie de personnes originaires du canton de Schwyz qu’il reprend automatiquement son ancien dialecte.
Entre-temps, il a de nouveau transvasé plusieurs hectolitres d’AdBlue dans des cuves, dans des stations-service et des entreprises de transports à Conthey, Sembrancher ou Sierre. Il a ainsi bientôt terminé au Bas-Valais et se dirige maintenant vers Brigue. Lukas Kälin explique rouler toujours avec le même tracteur: «Je change uniquement de semi-remorque», raconte-t-il. A savoir lorsqu’il ne transporte pas d’AdBlue, mais d’autres substances. Il s’agit notamment de divers produits chimiques tels que différents acides ou de l’eau ammoniaquée. Non seulement les marchandises sont variées, mais leurs destinataires le sont aussi. Il effectue donc toujours des tournées différentes dans toute la Suisse. Le transport de marchandises dangereuses nécessite bien sûr une formation SDR/ADR approfondie, mais les tâches de Lukas Kälin exigent également une formation complémentaire pour les camions-citernes. De plus, les panneaux d’avertissement, les extincteurs, le matériel de protection et bien d’autres équipements doivent être présents à bord. «La responsabilité est encore plus grande que lors du transport de marchandises ordinaires», explique Lukas Kälin. Il aimerait que les autres usagers de la route en prennent conscience. Et il ne fait pas seulement allusion au manque de patience des gens lorsqu’il doit bloquer momentanément une pompe à essence. «On voit parfois des manœuvres ahurissantes de la part de certains automobilistes qui, par exemple, se faufilent à la dernière seconde devant un camion», relate-t-il. «Ils ne pensent pas à ce qui pourrait arriver. Même les panneaux d’avertissement ne les font pas réagir»; il ne voudrait pourtant pas exercer un autre métier. «C’est vrai, j’aime mon métier de chauffeur», dit-il. Notamment en raison de l’autonomie dont on dispose en tant que professionnel de la route.
Après avoir livré de l’AdBlue aux cars postaux de Brigue et à une autre station-service, il retourne dans le Seeland. Avant de terminer sa journée, il fera encore le plein de diesel pour son Actros... et d’AdBlue pour la semi-remorque.
Texte et Photos: Daniel von Känel
AdBlue
L’AdBlue est une solution incolore et non toxique composée à 32,5 % d’urée synthétique diluée dans de l’eau déminéralisée, utilisée dans les véhicules diesel pour réduire les oxydes d’azote. Elle est injectée dans le système d’échappement, puis transforme les oxydes d’azote nocifs en azote et en vapeur d’eau dans le catalyseur, réduisant ainsi les émissions nocives de jusqu’à 90 %. L’introduction de l’AdBlue a permis d’améliorer considérablement le bilan environnemental des moteurs diesel.
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L’employeur
La société Thommen-Furler SA, située à Rüti bei Büren (BE), est spécialisée dans la distribution de produits chimiques, de spécialités et de lubrifiants, dans les technologies environnementales ainsi que dans l’élimination et le recyclage des déchets industriels et spéciaux.
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Le chauffeur
Lukas Kälin (23 ans) a grandi à Einsiedeln (SZ) et vit à Leuzigen (BE). Il a suivi une formation de spécialiste du transport routier chez Krummen Kerzers et travaille aujourd’hui chez Thommen-Furler. Pendant son temps libre, il restaure et conduit entre autres des cyclomoteurs.
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